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Sensei Tokitsu nous parle de Bernard Lello (Lettre du Forum)
Les 8 et 9 Février 2003, j'ai dirigé un stage à l'occasion de l'inauguration du dôjô de Bernard Lello de l'Académie Tokitsu-ryû Suisse à Lausanne.
L'inauguration du dôjô d'un élève, pour moi c'est l'émotion. Pour en venir là , nous avons parcouru un long chemin ensemble et nous savons qu'à l'avenir le parcours sera bien long.
Je vous présente Bernard Lello à ma façon.
Je l'ai connu peu de temps après la parution de mon deuxième ouvrage « Méthode des arts martiaux à main nue » publié en 88.
Un jour j'ai reçu un coup de téléphone à mon domicile parisien. Une personne se présentait en Français, avec l'accent suisse que je n'avais pas entendu depuis longtemps. Il m'a parlé de son parcours et a dit qu'il était intéressé par ce que j'avais écrit et qu'il voulait pratiquer avec moi, mais il était quelque peu réservé, puisqu'il s'était engagé avec une autre école. Ce fut notre premier contact. Par la suite il est venu suivre quelques stages que je dirigeais et chaque fois il s'est montré très intéressé. Sans qu'il n'en parle beaucoup, j'ai bien compris qu'il était dans une situation difficile. Car il avait un nombre important d'élèves qui suivaient un style du karaté et s'était engagé comme dirigeant d'un groupe vis-à -vis de cette organisation internationale. Ma méthode l'intéressait, mais la plupart des élèves étaient attachés au système.
Il a suivi mes stages pendant un an environ durant lequel il enseignait le karaté Shôtôkan tout en étudiant ma méthode. En pratiquant les deux styles, la contradiction est montée à un tel point qu'il s'est obligé à choisir l'un ou l'autre. Je comprenais très bien cette difficulté, car j'avais vécu moi-même cette situation une dizaine d'années auparavant.
Jusqu'au début des années 80 j'enseignais le karaté Shôtôkan tout en étudiant les autres styles de karaté. Plus j'avançais dans ma recherche, plus je rencontrais de problèmes dans le karaté que je pratiquais. J'avais formé mes élèves au style du karaté Shôtôkan. Mais je ne pouvais plus trouver de valeur en art martial dans cette forme du karaté, puisque j'y voyais tellement de problèmes irrésolus, d'incohérences techniques et que je commençais à trouver un mode de pratique plus rationnel et plus subtil dans les écoles du karaté anciennes. Je me sentais être déchiré entre le karaté que je voulais continuer à approfondir et le karaté que j'avais enseigné à mes élèves depuis plus de dix ans. J'avais dirigé mes élèves dans un système du karaté auquel je croyais fermement, mais maintenant non seulement je n'y croyais plus, mais j'y voyais de plus en plus de problèmes. En continuant ma recherche, j'évoluais dans une nouvelle direction. Que devais-je faire ? J'ai été torturé. Mais en fin de compte, je suis arrivé à un point où je ne pouvais plus enseigner ce à quoi je ne trouvais plus de valeur, d'autant plus que j'avais en dehors une autre perspective.
J'ai dis à mes élèves :
« Je ne pourrais plus continuer à vous enseigner le karaté Shôtôkan, car je n'y trouve plus de valeur technique. Si vous voulez continuer ce style de karaté, je vous conseille d'aller vous inscrire dans d'autres dôjôs. J'invite à me suivre seulement ceux qui veulent explorer avec moi une autre domaine du karaté� »
La plupart des élèves sont restés avec moi. J'en ai été très réconforté et encouragé. Mais cette perspective a réduit considérablement l'ouverture vers l'extérieur. Car ma démarche impliquait d'emblée des critiques du karaté traditionnel et du karaté sportif promus par la Fédération. Sans que je le veille, je me suis trouvé placé contre courant. J'ai reçu diverses pressions part de la Fédération.
Quelques années après un ami, maître Japonais du karaté m'a dit : « J'admire votre courage, mais économiquement parlant, ce que vous avez fait est stupide. Car après Me K. déjà assez âgé, vous serez bientôt le premier en Shôtôkan en France. Le karaté Européen est en quelque sorte le fief du Shôtôkan, vous ne manqueriez jamais de clients en karaté si vous restiez en Shôtôkan. Vous auriez pu avoir des milliers des élèves, tandis qu'actuellement vous n'avez que peu... »
C'était vrai, mais je ne pouvais pas continuer à m'investir dans ce à quoi je ne croyais plus. Ma position n'est pas celle d'un enseignant professionnel, mais d'un adepte chercheur. Ce n'est pas le système de karaté qui m'importe, mais la qualité de ma propre pratique, d'où la nécessité de chercher en permanence une meilleure méthode.
Vingt ans ont passés depuis cette époque. C'était une période qui n'a pas été facile, mais je l'ai vécue avec passion.
Avec mon expérience personnelle, je comprenais les difficultés auxquelles Bernard a dû faire face. Il a perdu beaucoup d'élèves. Il a dû reconstituer un groupe d'élèves. Il devint le professeur d'un petit club marginal de Lausanne. Je suppose qu'il a rencontré un tas d'autres difficultés�
Mais depuis notre première rencontre, nous avons continué à nous voir régulièrement à l'occasion de différents stages. Sa présence a été toujours pour moi un encouragement. Ayant une bonne base technique et une bonne condition physique, Bernard a assimilé rapidement ma méthode. Aujourd'hui il est un de mes meilleurs élèves professeurs. Les différentes initiatives qu'il a prises étaient marquées d'honnêteté, de précision et d'efficacité.
Le vendredi le 7 Février 2003, nous avons inauguré son dôjô personnel par un entraînement avec ses élèves. Maurice, ami intime de Bernard, est venu de Paris. Sabino et Rafaele sont venus d'Italie avec moi. J'ai dirigé l'entraînement d'une façon particulière : Jisei-budô, danse d'énergie, sabre (Jisei-kendô)�
Le dôjô de Bernard me fais penser à mon cher dôjô de Paris, car il a un parquet quasiment de la même dimension. Nicolas, élève de Bernard, m'avait dit : « Vous verrez, c'est un bijou, Bernard y a tellement travaillé... »
Effectivement nous avons vu le bijou de Bernard et l'avons inauguré par un entraînement « spécial ».
J'ai dit à Bernard,
« Ton dôjô c'est ton trésor Bernard. », car c'est ce que je me disais lorsque j'ai eu mon dôjô de Paris. Je dis trésor, ce n'est pas parce qu'il est beau comme espace, mais c'est un trésor, parce qu'on y créera et y polira une valeur pratique qui est le trésor. » Beaucoup de choses vont s'y passer. Une vie de dôjô commence.
En effet c'est un commencement. Il démarre quasiment en même temps que notre Académie. Son dôjô grandira avec l'Académie. J'en suis sûr.
Notez l'emplacement du Lello dôjô : Dôjô principal (Honbu dôjô) de l'Académie Tokitsu-ryû Suisse : Av. Rhodanie 62 1007 Lausanne Suisse
Toutes ces informations seront prochainement disponibles sur son site : suisse.tokitsu.com